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Échos de Bourgogne

Ce projet est né lors de notre résidence Pensée Critique à DARE-DARE, jumelée à la programmation Méthodes et jeux de l’espace : Zones d’existences II (2025–2026), et s’inscrit dans une réflexion constante sur la mémoire, la matérialité et la transformation urbaine. Nous avons été invitées à porter un regard critique sur les pratiques des trois artistes du volet INTERVENTIONS. 

Ainsi, en tant qu’artistes-chercheuses, commissaires d’exposition et enseignantes, nous avons également observée la complexité des identités urbaines et des expériences vécues. Nous avons abordé la ville comme un terrain vivant façonné par la migration, l’identité et la mémoire sensorielle, un espace sans cesse redéfini par les gestes quotidiens et la présence collective. En observant le quartier de la Petite-Bourgogne avec un regard extérieur, en tant que deux personnes non originaires du quartier, porteuses d’expériences et de savoirs différents, nous avons été attirées par ses échos liés à son histoire riche et complexe.   

Dans ce contexte, l’espace public est un environnement dynamique et relationnel, influencé par les mouvements sociaux, les déplacements et les expériences partagées. Pour nous, l’identité urbaine n’est pas figée, mais fait l’objet d’une négociation permanente. Issue de rencontres émotionnelles avec les œuvres de Salima Punjani, Caroline Gagné et Steve Giasson, à travers l’attention portée au corps et les traces matérielles, l’archive devient un processus vivant, qui évolue grâce à la participation plutôt que par la seule conservation. 

Notre installation immersive est le fruit d'une exploration de ces dynamiques, menée à l'aide de la cartographie en profondeur comme méthodologie directrice. Elle superpose des traces historiques à des impressions sensorielles et à la mémoire collective, ce qui nous permet de la faire émerger comme une pratique incarnée et participative, ainsi qu'une archive vivante. Nous avons parcouru la ville en écoutant, en touchant, en marchant, en jouant et en partageant, en restant à l'écoute de ses rythmes, de sa poïétique et de ses transformations. 

Le projet d’installation in situ s’articule autour de trois moments tirés de la programmation régulière 2025-2026 de DARE-DARE. Le premier moment est issu de l’invitation de Punjani à réfléchir sur les thèmes du « soutien » et du « lâcher-prise » avec Holding, Release. Ses pratiques nous invitent à explorer la mémoire, l’expérience sensorielle, l’intervention spatiale et le récit collectif. Le deuxième moment est apparu lorsque l’intervention de Gagné, Peupleraie, Corps social et corps sonore, nous a encouragées à écouter les arbres et à marcher le long du canal de Lachine, ancrées dans l’imaginaire collectif. Le troisième moment s’est révélé lorsque l’œuvre de Giasson, NOUVELLES NOUVELLES PERFORMANCES INVISIBLES, nous a captivées par la reconstitution d’œuvres performatives d’autres artistes, partageant collectivement le plaisir de ce geste. 

La question centrale, « Comment existons-nous dans le paysage urbain ? », reste ouverte et agit comme source d’inspiration. Plutôt que de chercher des réponses définitives, elle invite à l’attention, à la bienveillance et à la relation. Cette installation critique et créative rassemble des fragments de ce processus : des moments d’observation, d’intimité, de dialogue et de jeu. Ensemble, ces réflexions dessinent une constellation en constante évolution de la présence urbaine, façonnée non seulement par ce qui est vu, mais aussi par ce qui est ressenti, mémorisé et partagé. 

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Elle nous a guidés vers un exercice simple mais profond : retenir, lâcher prise et observer ce qui traverse le corps. Ce qui est lâché est retenu ; ce qui est retenu est lâché. Nous nous sommes sentis libres de participer à notre manière, de partager, de rester silencieuses et de respirer ensemble. Tout était tangible : le parfum des herbes et des fleurs, la chaleur de l’eau, le poids du bol en céramique. Le rassemblement en cercle, la dispersion puis le regroupement ont créé un espace de deuil et de bienveillance collectifs. 

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Rituel : comme un lent soupir  

Nous avons entamé notre résidence de recherche avec un geste attentionné et empathique, en découvrant le travail de Salima Punjani à travers un acte de soutien mutuel (S.P. 2025). Nous nous sommes retrouvées au Parc Sainte-Cunégonde, situé dans le quartier de la Petite-Bourgogne, où l’artiste a invité le public à lâcher prise sur ce qui était retenu et à soutenir ce qui avait été lâché. Pour l’artiste, « Holding, Release » est une pratique qu’elle décrit comme « lâcher prise et soutenir d’une manière qui semble possible ».  

Pour la cérémonie de clôture, le public a été invité à se rassembler dans le parc. Les chaises étaient disposées en demi-cercle face à La HALTE et à l’installation, qui avait désormais été déplacée à l’extérieur. Au début de l’événement, l'artiste a expliqué le projet et nous a invités à choisir parmi un ensemble de bols en céramique, récipients destinés à la guérison collective. 

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À la fois collectif et intime, une mémoire conservée dans un parfum

Holding, Release nous a profondément marqués. Cette œuvre nous a offert un moment de répit. Elle a créé l’occasion de méditer et de faire preuve de compassion face à la douleur d’autrui. Elle a ouvert un espace pour exprimer notre humanité. Une fois cette impression ancrée dans nos corps et nos esprits, nous avons commencé à examiner la manière dont nous interagissons les uns avec les autres à travers tout le spectre émotionnel. Nous avons réfléchi à la façon dont la bienveillance, l’empathie et l’affection circulent au sein des espaces partagés et des rencontres collectives. Nous nous sommes interrogés sur la manière dont les gestes de retenir, de lâcher prise et de recevoir pouvaient être transmis. Et comment ils pouvaient être mémorisés et réactivés. Cela nous a inspirés pour créer une œuvre sensorielle qui retrace notre exploration à travers la matière et l’espace.  

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Nous avons commencé à imaginer un dispositif pouvant fonctionner comme un récipient symbolique capable de rassembler la multiplicité des sentiments rencontrés en ce lieu : dans le parc et au sein de son contexte urbain plus large. Cela nous a conduits à l’idée d’utiliser une grande pince ou un collier métallique, « abrazadera » (étreinte) en espagnol, pour matérialiser les gestes de tenir, de compresser et de relâcher les pages textiles d’un grand livre contenant le langage visuel d’une expérience vécue.

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À travers les sons de l'espace 

Le projet de Caroline Gagné, Peupleraie – Corps social et corps sonore, redéfinit notre rapport à la nature urbaine en utilisant la technologie pour créer un sentiment de présence plus ressenti. Les participant∙es se sont rassemblé∙es au Parc Charlevoix/Rufus-Rockhead et ont rejoint l’artiste sous le pavillon, à l’abri du soleil éclatant, tandis qu’elle leur expliquait comment, à ses yeux, les arbres s’apparentaient à des instruments de musique. Notre expérience de l’environnement s’est rapidement orientée vers une écoute attentive lorsque l’artiste nous a invités à nous mettre à l’écoute des arbres et à marcher le long du canal de Lachine, évoquant ce qu’elle décrit comme une « Sa musicalité, tout en étant délicate, est prégnante dans l’imaginaire commun, elle avive le sentiment d’espace et d’apaisement ». 

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Des peuplements de peupliers parsèment les quartiers qui bordent le canal de Lachine. Ils portent en eux des couches d’histoire et leur présence sonore dans le paysage urbain nous rappelle leur pérennité. Ils sont depuis longtemps les témoins de l’évolution et de la croissance urbaines qui les entourent. Le projet était accessible via un code QR et une plateforme en ligne qui conserve les sons et cartographie les bosquets de peupliers à l’aide de la géolocalisation. Munis de smartphones et d’écouteurs, nous avons marché lentement parmi les arbres, le long des sentiers et sur les ponts, à la recherche de liens.  

La ville qui respire à travers ses racines  

Après la randonnée, nous nous sommes demandé si la technologie pouvait servir de médiateur à la présence sans la remplacer. Dans la méthodologie de Gagné, la géolocalisation et la cartographie sonore ont accru notre conscience des peupliers et du paysage sonore qui les entoure. En nous déplaçant parmi les arbres, nous avons écouté le bruissement des feuilles mêlé aux vibrations de la ville. Bien que la technologie nous ait guidés par la proximité, nous contrôlions nos mouvements et l’intensité de notre écoute. En invitant à une écoute active à travers des sons sélectionnés, le projet nous relie aux peupliers, nous encourageant à les considérer comme des cohabitants d’un espace partagé. 

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Cette expérience allait au-delà de la simple observation et du lien avec l’environnement ; il s’agissait d’une interaction physique avec l’espace et le son, qui a façonné notre approche du paysage urbain. En explorant les environs, nous avons pris des photos et tourné des vidéos, en nous imprégnant des couleurs et des textures de l’écorce, du bruissement des feuilles dans le vent, de la brise sur notre peau et de la chaleur du soleil. Un journal multisensoriel incarné des émotions a commencé à prendre forme, rassemblant des données sensorielles, des paysages sonores, des textures et des traces environnementales. Nous avons exploré des moyens d’intégrer notre collection d’images et de vidéos afin d’inviter d’autres personnes à s’engager dans un voyage sensoriel, un voyage qui non seulement réactive ces souvenirs, mais en génère également de nouveaux. 

Gestes en ligne, questions partagées  

Le travail de Steve Giasson, intitulé NOUVELLES NOUVELLES PERFORMANCES INVISIBLES, est décrit comme suit sur le site web de DARE-DARE : « déconstruira le plus possible sa pratique, afin de la repenser, en lien avec son positionnement identitaire … le contexte historique, politique, socioéconomique et écologique dans lequel nous évoluons. »  

Pendant six mois, de novembre 2025 à mai 2026, Giasson s’est engagé à créer une nouvelle action performative tous les mardis et jeudis. Celles-ci ont été diffusées sur Facebook, Instagram, Truth Social, www.performanceinvisibles.com et sur www.dare-dare.org. Ce cadre temporel continu a façonné la manière dont nous avons découvert et anticipé son travail. La première publication en ligne est apparue le 25 novembre 2025 et s’ouvrait sur le n° 254, Changer de visage, une reconstitution de Rifarsi d’Eliseo Mattiacci (1973), présentée pour la première fois à la Galerie B-312 le 17 août 2025. 

Pendant six mois, de novembre 2025 à mai 2026, Giasson s’est engagé à créer une nouvelle action performative tous les mardis et jeudis. Celles-ci ont été diffusées sur Facebook, Instagram, Truth Social, www.performanceinvisibles.com et sur www.dare-dare.org. Ce cadre temporel continu a façonné la manière dont nous avons découvert et anticipé son travail. La première publication en ligne est apparue le 25 novembre 2025 et s’ouvrait sur le n° 254, Changer de visage, une reconstitution de Rifarsi d’Eliseo Mattiacci (1973), présentée pour la première fois à la Galerie B-312 le 17 août 2025. 

La peau urbaine — superposée, poreuse, vivante

Que signifie créer une reconstitution ? Ces reconstitutions se caractérisent par des actes de mise en scène et de réinvention. Giasson s’intéresse aux gestes et aux processus, tout en mettant en lumière le caractère éphémère des œuvres ou des performances originales. Son travail comporte de nombreuses couches et suscite de nombreuses questions, provoquant un effet intrigant précisément parce qu’il s’agit d’une réinterprétation de l’œuvre d’un autre artiste. Si ces réinterprétations invitent à une réflexion historique, elles redéfinissent également notre rapport à la performance à l’ère numérique.  

De notre point de vue, son travail a influencé notre processus et mis en lumière de nouvelles façons de consulter les archives et d’interagir avec leurs formes multimodales. Pour découvrir son travail performatif, il fallait ouvrir Instagram et faire défiler le fil d’actualité de son compte, un geste familier pour les utilisateur∙trices de longue date. En ce sens, l’œuvre s’active par le défilement, les spectateurs devenant des participant∙es qui choisissent d’aimer, d’enregistrer, de partager et/ou de commenter. Pour ceux qui ne connaissent pas le contexte, une compréhension plus approfondie nécessite une recherche. Jusqu’où va-t-on pour comprendre une œuvre d’art ? 

Une présence en constante évolution  

Tout au long de la résidence, nous avons mis en place une archive multisensorielle et multimodale composée de gestes, de sons, de textures, d’images, d’objets trouvés et de rencontres. L’œuvre Holding, Release de Salima Punjani évoque des gestes d’une autre époque. Il s’agit d’une expérience intentionnelle et incarnée, ancrée dans la magie et la guérison. L’accent est mis sur le développement de l’imagination morale et de la communauté en favorisant l’empathie et le lien avec l’autre, ainsi que l’intelligence émotionnelle et l’introspection. Le résultat de tels projets artistiques socialement engagés est presque toujours transformateur. Ce moment a révélé comment l’empathie peut circuler sans attente, comment la compassion peut exister sans rien demander en retour. Nous sommes repartis avec quelque chose de plus, subtil mais bien présent. 

 Peupleraie - Corps social et corps sonore de Caroline Gagné a démontré que la synchronisation n’était pas nécessaire. Chacun évoluait à son propre rythme, mais nous partagions le même espace et le même moment. En tant qu’utilisateurs, nous avions tous accès à la même archive sonore, tout en conservant chacun notre liberté d’action quant à la manière dont nous vivions cette intervention sonore. Ce projet allie technologie et nature, en s’appuyant sur l’utilisateur comme participant actif à sa réalisation. L’œuvre ne prend vie qu’à travers l’expérience vécue. Sans engagement, elle reste suspendue dans l’espace numérique, latente et non réalisée.  

Dans la série de reconstitutions de Steve Giasson, nous avons également le pouvoir de décider combien de temps nous restons sur une image. Bien que les réseaux sociaux soient une plateforme publique accessible à des milliards de personnes, le visionnage sur un appareil portable procure une sensation d’intimité et d’immersion, contrairement aux expériences traditionnelles d’art public. Comme la performance est généralement vécue en présence physique d’autres personnes, et que nos smartphones sont conçus pour être tenus individuellement et absorber toute notre attention, l’expérience ressentie est étonnamment intime et pleine d’anticipation. Il existe une séparation entre le moment où la performance a lieu et celui où elle est visionnée publiquement. Par conséquent, sa décision de révéler ses gestes performatifs à travers les espaces numériques signifie que son œuvre et ses messages critiques et politiques deviennent plus largement accessibles que s’ils étaient présentés uniquement dans une galerie ou un autre espace institutionnel. 

En abordant ces pratiques de manière critique et créative, nous avons cherché à redéfinir les archives comme un processus participatif en constante évolution. L’installation que nous avons développée lors de notre résidence Pensée Critique à DARE-DARE réunit la recherche sensorielle et la mémoire collective dans une réflexion dynamique sur l’expérience urbaine et l’histoire de la Petite-Bourgogne, évoquant des gestes de bienveillance, le paysage urbain, le canal de Lachine, la communauté et les peupliers, des lieux que les artistes nous ont invités à habiter d’une manière sensible, attentive, ludique et complexe.  

À travers des objets, des dispositifs, des vidéo journaux , des photographies, des collages numériques, des assemblages d’images, des superpositions et une cartographie sensorielle, notre travail fonctionne comme un dépôt vivant, qui reconfigure l’espace public à travers des récits superposés qui continuent de façonner la manière dont le quartier est vécu et compris aujourd’hui.  

Échos de Bourgogne explore la possibilité de soutenir et de maintenir les affects et les émotions qui émergent au sein de l’expérience collective et de l’espace urbain. À travers des images culturelles, historiques et paysagères, nous construisons un environnement poétique et tactile, une invitation à ressentir avec les mains, à naviguer à travers des images en mouvement et à habiter la rencontre. 

Ainsi, l’installation devient un espace de relation : entre amitié et collaboration, vie urbaine et paysage historique, mémoire et présence. Elle retrace les moments partagés qui se sont déroulés tout au long de cette résidence de recherche-création d’un an, proposant une constellation évolutive d’expériences ancrées dans le lieu où nous nous sommes rencontrés et l’art que nous avons vécu. 

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